
« Les équipes qui nous ont rejoints lors d’acquisitions sont toujours présentes et parfois même plus nombreuses, car nous sommes conscients de leur rôle et de leur impact dans l’animation des écosystèmes locaux », Olivier Jarrousse, UI Investissement
Rapprochements entre sociétés de gestion, ouvertures de capital minoritaires, adossements stratégiques… le thème de la consolidation irrigue le marché français, et même au-delà, du private equity. Trois configurations s’imposent.
Parmi toutes les mégatendances qui traversent les marchés privés, celle de la consolidation est probablement l’une des plus structurantes. « Nous observons très clairement une phase d’accélération de la consolidation du marché, qui répond à une vraie dynamique opérationnelle : les GPs qui maîtrisent leur base de souscripteurs cherchent à augmenter leur panier moyen et donc à multiplier les stratégies, résume Jean-Christel Trabarel, fondateur de Jasmin Capital. Les sujets liés aux IPO ont aussi alimenté le phénomène : une société de gestion se valorise aujourd’hui en multiple d’Ebitda et plus seulement par ses fonds propres. Dès lors, le fait de détenir des parts au capital prend de la valeur et des associés peuvent être tentés de monétiser leur participation. Cela dit, valoriser une plateforme avec des actifs et des stratégies différentes est plus complexe, sans compter que la présence ou non de carried doit aussi être prise en considération. » Lancement d’une nouvelle stratégie, retour sur un segment de marché délaissé du fait d’une augmentation de la taille des fonds historiques, expansion internationale, ouverture à la clientèle privée… de multiples raisons peuvent être invoquées pour justifier de se rapprocher d’un concurrent ou d’ouvrir son capital à un investisseur tiers. « Une ouverture de capital minoritaire de type GP-stake, en faisant entrer un tiers, peut aider à résoudre des sujets d’actionnaire dormant à sortir ou de désaccord sur un prix de vente. C’est aussi parfois un moyen d’ouvrir une succession en faisant entrer des junior partners à l’occasion de l’opération. En revanche, un GP qui fait face à une problématique de distribution ira sans doute plus volontiers vers la constitution d’une plateforme ou un adossement à un gestionnaire d’actifs de plus grande taille », complète Jean-Christel Trabarel. Revue de détails de ces outils à la disposition des sociétés de gestion.
LES RAPPROCHEMENTS ENTRE PAIRS, COMME UNE EVIDENCE
Pour une société de gestion de fonds de private equity, jouer la carte de la consolidation revient à s’appliquer à soi-même les bonnes pratiques de création de valeur qu’elle promeut auprès de ses participations. De fait, les rapprochements entre pairs permettent de répondre à plusieurs problématiques communes à tous les GPs, à commencer par l’atteinte d’une taille critique grâce à laquelle ils passent du statut de proie potentielle à celui de prédateur. S’y ajoutent au fil des années les sujets d’extension de la base de LPs, de développement international, de recrutements… « La synergie la plus évidente se situe au niveau des fonctions supports : finances, juridique, mais aussi en matière de compliance et réglementaire. Le déploiement de la stratégie ESG, par exemple, en bénéficie également : UI Investissement compte désormais trois personnes sur ce sujet, ce qui constitue une structure moins envisageable pour une société de gestion de taille plus réduite. En termes d’investissement, les suivis relèvent plus probablement du “sur-mesure”, mais les méthodes de travail qui ont fait leurs preuves peuvent être étendues à l’ensemble des équipes (par exemple, les projections d’activité ont été étendues à l’ensemble des plateformes), témoigne Olivier Jarrousse, associé gérant d’UI Investissement. De même, compte tenu de sa taille, UI Investissement a pu mettre en œuvre son académie UI et son campus UI, la première pour canaliser de l’expertise et de l’expérience vers les sociétés du portefeuille, le second pour offrir le meilleur niveau de connaissances aux équipes, et même à des partenaires (par exemple, certaines équipes de LPs). Dans ce dernier domaine, l’atteinte d’une taille critique permet également de disposer d’une équipe de relations investisseurs structurée – trois personnes chez nous – qui doit renforcer la qualité de l’information aux souscripteurs et le service qui leur est rendu. Cela dit, UI Investissement n’est pas à la recherche d’une synergie systématique. Par exemple, les équipes qui nous ont rejoints lors d’acquisitions sont toujours présentes et parfois même plus nombreuses, car nous sommes conscients de leur rôle et de leur impact dans l’animation des écosystèmes locaux. »
La plateforme a été active sur le front de la croissance externe ces dernières années, avec une accélération très nette depuis six ans, intégrant successivement l’Irpac (2015), Invest PME et Sofimac (2020), Kreaxi (2024) et FnB Private Equity (2025). La plupart du temps, de telles opérations permettent à l’acquéreur de renforcer ses positions dans une zone géographique donnée et/ou d’intégrer des capacités d’investissement complémentaires de ses savoir-faire historiques, par exemple du capital-risque lorsqu’il vient du buyout. « Pour nous, cette consolidation répond d’abord à la volonté d’être utiles sur des segments ou des territoires plus nombreux, mais elle est aussi un gage de pérennité de la société de gestion, qui compte aujourd’hui 16 associés et n’est plus dépendante de seulement quelques membres fondateurs. C’est un message de confiance à l’égard de l’ensemble de nos partenaires, LPs, dirigeants et salariés notamment », ajoute Olivier Jarrousse.


