
« Je recherchais un métier mêlant la recherche fondamentale et le soin au patient, avec une dimension plus opérationnelle et entrepreneuriale » Cécile Tharaud, CEO chez Polytechnique Ventures
Polytechnicienne, docteur en biologie génétique, Cécile Tharaud a passé toute sa carrière à établir des passerelles entre les laboratoires de recherche et les entreprises. Cheville ouvrière de plusieurs projets de fonds dédiés au transfert de technologies, elle préside aujourd’hui aux destinées de Polytechnique Ventures.
Sans être totalement linéaire, la carrière de Cécile Tharaud est incontestablement guidée par un fil rouge : créer des liens entre deux univers, le monde de la recherche et celui de l’entreprise, qui ont parfois du mal à se comprendre. « J’ai toujours été impressionné par la capacité de Cécile à parler aux chercheurs de structuration de capital, de création d’entreprise, d’argent tout simplement, autant de sujets qui leur sont a priori étrangers. Elle sait aussi parfaitement appréhender les besoins initiaux de fondateurs de start-up et parvient à faire émerger des dynamiques sans imposer ses vues, ce qui correspond parfaitement à ce que doit être la position d’un actionnaire early stage », apprécie Denis Lucquin, cofondateur de Sofinnova Partners, qui forme aujourd’hui avec Cécile Tharaud le binôme de direction de Polytechnique Ventures.
Pas faite pour les grands groupes
Leurs relations remontent à 1996 – il avait investi dans Genset, une biotech dont elle a été responsable de la propriété intellectuelle puis des opérations – et ils sont toujours restés en contact depuis. « Cécile a l’art de l’anticipation et m’a beaucoup appris dans ce domaine. Avant de prendre une décision, elle se demandait toujours quelles en seraient les conséquences et cherchait quelle alternative proposer à ses interlocuteurs à qui elle aurait refusé un investissement. Elle incarne le fameux proverbe “une main de fer dans un gant de velours”, car elle prend les choses en main avec douceur et parvient à faire passer ses messages sans forcer, ce qui attire forcément l’adhésion », renchérit Matthieu Coutet, aujourd’hui associé chez Sofinnova, qui a lui aussi travaillé huit ans chez Inserm Transfert avec celle qu’il décrit comme sa mentor avant qu’un désaccord stratégique ne l’incite à quitter la maison pour rejoindre AdBio Partners.
Née dans une famille intellectuelle, d’une mère professeur de lettres et d’un père polytechnicien, Cécile Tharaud confesse volontiers avoir toujours eu un faible pour les matières fondamentales et avoir passé des heures entières à dévorer des livres ou à écrire des dissertations. « Les valeurs de rigueur, d’exigence, de travail et la volonté d’approfondir les choses m’ont toujours guidée et continuent à le faire aujourd’hui. De plus, j’ai rapidement eu la curiosité de comprendre comment fonctionne le vivant », expose-t-elle. En 1984, elle intègre à son tour l’X, avec l’ambition de faire ensuite des études de médecine, avant de faire évoluer son plan de carrière : à la sortie de Polytechnique, elle poursuit son cursus avec une thèse en biologie génétique. « Le directeur scientifique de la société dans laquelle j’avais fait ma thèse m’a recommandé de faire un MBA à l’Insead afin de me rapprocher du monde de l’entreprise. De fait, je recherchais un métier mêlant la recherche fondamentale et le soin au patient, avec une dimension plus opérationnelle et entrepreneuriale », théorise-t-elle aujourd’hui lorsqu’elle jette un œil dans le rétroviseur de sa trentaine d’années de carrière. Après trois ans chez GSK, où elle comprend vite qu’elle n’est certainement pas faite pour exercer dans un grand groupe où l’opérationnel est trop éloigné de la science, Cécile Tharaud rejoint la biotech Genset avec pour mission de constituer son pôle dédié à la gestion des brevets et de la propriété intellectuelle, c’est-à-dire au cœur du réacteur, situé au carrefour de la recherche, de la finance et du développement stratégique. Au bout de trois ans, la jeune femme est appelée par la direction de la société alors cotée en Bourse à prendre la direction de ses opérations, qu’elle quittera en 2000.

