A l’horizon 2040, RTE, le gestionnaire public du réseau d’électricité français, prévoit d’investir de l’ordre de 100 milliards d’euros afin de le transformer et d’en accroître la robustesse alors que l’électrification des usages est une des solutions communément admises pour décarboner l’économie. Dans le détail, ces montants colossaux seraient déployés en trois séquences selon une feuille de route présentée le 13 février 2025 et reposant sur trois piliers : le renouvellement des 23 500 kilomètres de lignes à haute tension et des 85 000 pylônes qui irriguent le territoire national ; le raccordement des consommateurs aux nouvelles sources d’énergie comme les futurs réacteurs nucléaires EPR, les champs d’éoliennes en mer ou encore les parcs de panneaux photo­voltaïques et d’éoliennes terrestres ; et le renforcement de la colonne vertébrale du réseau, qui pourrait passer par un doublement des tracés actuels.

Dans un autre secteur, SNCF Réseau et l’État actionnaire prévoient d’allouer chaque année, à partir de 2028, 1,5 milliard d’euros « à la régénération et la modernisation du réseau ferroviaire » français. Cela fait partie des objectifs du projet de loi-cadre relatif au développement des transports déposé pour examen devant le Sénat le 11 février dernier et bénéficiant d’une procédure accélérée. Il prévoit également qu’une partie des ressources nécessaires soit issue des recettes des autoroutes dont l’État souhaite modifier le régime concessif lors de l’expiration des accords actuels, en 2032. Dans l’intervalle, d’autres financements, notamment privés, seront inévitables. Outre-Manche, des chiffres encore plus vertigineux ont récemment défrayé la chronique dans le domaine, cette fois-ci, des réseaux d’eau. Fustigeant l’incapacité des régulateurs et du gouvernement à « attirer les investissements nécessaires » et déplorant que « la confiance du consommateur dans les compagnies d’eau se trouve à son plus bas niveau jamais observé », le National audit office, équivalent anglais de la Cour des comptes, a chiffré à 47 milliards de livres sterling sur cinq ans le besoin en investissements dans la modernisation des réseaux d’eau du royaume.

Deal flow Core renouvelé

Ces perspectives ont de quoi faire tourner la tête de tous les investisseurs en infrastructures de la planète. De fait, les biens concernés cochent toutes les cases de la classe d’actifs : monopolistiques avec de fortes barrières à l’entrée, apportant des services essentiels à la population, appuyés sur des contrats long terme et sécurisés… En outre, ces flux de dépenses attendus dans des infrastructures centrales pour la vie d’un pays renouvellent le deal flow de fonds spécialisés sur le segment Core, n’ayant pas grand chose à envier aux partenariats publics-privés noués il y a 15 ou 20 ans afin de mener à bien des grands projets d’autoroutes ou de lignes à grande vitesse. À quelques exceptions près, ceux-ci ont globalement disparu du fait de la dégradation des finances publiques.

« Nous voyons toujours des dossiers d’infrastructures Core historiques, devenues brownfield et que les investisseurs cèdent dans une logique de rotation de leurs portefeuilles. (…) Des sujets plus récents (…) peuvent aussi donner lieu à des transactions de type Core », Grégory Roquier, Virellian Partners

Toutefois, plusieurs de ces équipements doivent maintenant faire l’objet de rénovations, tandis que d’autres thématiques sont apparues. « Nous voyons toujours des dossiers d’infrastructures Core historiques, devenues brownfield et que les investisseurs cèdent dans une logique de rotation de leurs portefeuilles. C’est le cas pour des autoroutes par exemple ; nous revoyons aussi de l’appétit pour les aéroports et le ferroviaire, sans parler des besoins d’investissements importants du côté des réseaux de chaleur ou d’électricité. Des sujets plus récents comme les réseaux de fibre ou les data centers, voire la production d’énergie renouvelable, peuvent aussi donner lieu à des transactions de type Core, dans la mesure où les actifs sont appuyés sur des contrats longs et sécurisés », résume Grégory Roquier, managing partner cofondateur avec Charles-Henri Larreur de Virellian Partners. Ces deux anciens de DC Advisory ont pris leur indépendance et créé leur propre boutique de conseil M&A dédié à l’infrastructure à la suite de l’annonce de la fermeture du bureau parisien de la firme britannique, emmenant avec eux une partie de leur ancienne équipe. « Nous avons fait le choix de la spécialisation sur les sujets d’infrastructures, ce qui nous différencie des autres acteurs du marché qui, bien souvent, ont des équipes hybrides mêlant des experts de la classe d’actifs et des profils plus généralistes. Par ailleurs, nous nous positionnons sur tous les types de transactions, qu’il s’agisse de lever de l’equity ou de la dette, et tous les segments que sont l’énergie, le transport, le digital et les infrastructures sociales, en nous adressant à des corporates comme à des fonds. Nous nous appuyons sur notre track record en la matière, constitué pendant vingt-cinq ans dans le secteur », présentaient-ils en septembre dernier, dans nos colonnes.

« Le pipeline européen est gigantesque et prévisible, alimenté par la recherche de souveraineté, la nécessaire décarbonation de l’économie ou encore le besoin de compétitivité de notre industrie, abonde Mounir Corm, associé cofondateur avec Gwénola Chambon de Vauban Infrastructure Partners. Certaines infrastructures ont été sous-investies depuis une cinquantaine d’années, comme le rail ou les réseaux électriques, entraînant une dette dite “grise” qu’il va bien falloir résorber. Les opérateurs vont donc se concentrer sur ce chantier et y allouer des capex, limitant de fait leur capacité à développer de nouvelles infrastructures, par exemple des plateformes de transport multimodal, de nouvelles lignes TGV, ou à travailler à l’électrification de leurs flottes actuelles. Ce sont autant de sujets sur lesquels des acteurs de l’infrastructure essentielle comme nous peuvent travailler. » Actrice historique des PPP, cette société de gestion cultive depuis de nombreuses années son positionnement sur le segment Core de l’infrastructure. Elle lève actuellement le cinquième millésime de sa gamme flagship, Vauban Core Infrastructure Fund V, d’une taille cible de 2,5 milliards d’euros. En parallèle, elle mène à bien son aggiornamento capitalistique à l’issue duquel elle passera sous le contrôle de son équipe tandis que son actionnaire historique, Natixis IM, abaissera sa participation à 24,9 % et que le GP-staker Investcorp Strategic Capital Group (ISCG, lire aussi enquête page 26) fera son entrée à son capital au même niveau. L’un des objectifs de cette refonte est de prendre position sur un autre marché souffrant d’un sous-investissement massif en infrastructures : les États-Unis.

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