
« Nous sommes régulièrement sollicités par des sociétés de gestion actives en buyout, qui n’ont pas lancé de stratégies de dette privée mais qui s’interrogent sur la pertinence de se positionner sur le marché de l’asset-backed financing », Damien Boulangeat, Agema
Sécurité, diversification, moindre volatilité… les stratégies ayant pour sous-jacents des actifs tangibles offrent beaucoup de garanties à des investisseurs en quête de stabilité. Les gérants de fonds d’infras, les spécialistes de l’asset-backed financing, voire les propriétaires immobiliers sont susceptibles d’en profiter.
La prochaine vague de plateformisation qui touchera les actifs alternatifs, avec son cortège de rapprochements et de lancements de nouvelles stratégies, partira peut-être du segment des actifs réels. Alors que les gérants spécialisés, qu’ils soient exposés à l’infrastructure, au financement d’actifs ou, dans une moindre mesure et à certaines conditions, à l’immobilier (lire encadré ci-dessous), semblent (re)trouver les faveurs des investisseurs, plusieurs signaux plus ou moins faibles laissent entrevoir de futurs développements stratégiques dans cet univers. Dès 2023, le prêteur privé Kartesia a donné un premier indice de l’intérêt que pourraient avoir de telles combinaisons en rachetant le spécialiste de l’asset-backed financing Flexam, aiguillonné par son actionnaire nord-américain New York Life, largement au fait de la place que détiennent ces stratégies outre-Atlantique.
Plus proche de nous et la même année, InfraVia a finalisé l’acquisition de la société de gestion immobilière Oreima, portant ses encours à 12 milliards d’euros et élargissant ses expertises. « Lorsque nous investissons dans une société comme Nexrail Lease, une participation que nous détenons depuis 2021 dans le domaine de la location de matériel roulant, et notamment de locomotives dédiées aux marchés du fret et de la manœuvre, ou que nous devenons actionnaires de Louis-Dreyfus Armateurs, nous nous rapprochons de l’univers du financement d’actifs tangibles. Nous les considérons comme très compatibles et complémentaires de notre position historique sur le marché des infrastructures, indique son président Vincent Levita. L’approche de ces opérations est toutefois légèrement différente, car la valeur terminale de l’actif compte beaucoup dans le rendement final. Cela suppose donc d’intégrer des savoir-faire et compétences spécifiques. »
Passerelles
De prime abord, les passerelles les plus évidentes seraient effectivement à établir entre l’investissement en infrastructures et le financement d’actifs tangibles ; le cas de Flexam et Kartesia montre aussi les synergies existantes entre ce dernier et la dette privée, en dépit d’un sous-jacent de nature différente. Pourtant, « nous sommes régulièrement sollicités par des sociétés de gestion actives en buyout, qui n’ont pas lancé de stratégies de dette privée, mais qui s’interrogent sur la pertinence de se positionner sur le marché de l’asset-backed financing. Le sujet intéresse indéniablement les GPs, qui attendent simplement de savoir s’ils arriveront à lever un fonds dédié », signale Damien Boulangeat, cofondateur en 2024 de la banque d’affaires Agema. Compte tenu de son expérience chez Acofi (aujourd’hui Sienna IM), puis chez Eurazeo, lui et ses associés, Jean-Pierre Brice et Clément Khosrovchahi, ont spécialisé cette boutique M&A sur le conseil en levées de fonds et les financements adossés aux actifs.
En un peu plus d’un an d’existence, elle a intermédié quatre opérations de ce type : un sale & leaseback sur certains actifs du groupe Arc International (arts de la table) dans le cadre de sa restructuration financière ; un financement alternatif court terme auprès d’un fonds de dette pour un équipementier automobile de rang 1 ; un autre sale & leaseback sur un avion Embraer E190, financé par un fonds de direct leasing, pour le compte de la compagnie aérienne française Amelia (groupe Regourd Aviation) ; et un financement adossé aux actifs d’une marque française de prêt-à-porter féminin. « Nous sommes aussi appelés par des fonds de dette à qui des emprunteurs demandent de faire des efforts dans le cadre de procédures amiables. En échange d’un allongement de leur maturité, ceux-ci demandent des contre-garanties et sûretés réelles sur des actifs réels et nous demandent de les accompagner dans la structuration du collatéral », ajoute Damien Boulangeat.


