D.R.

Quand le bâtiment va, tout va. Mais même quand il n’est pas au mieux de sa forme, le BTP continue à attirer le private equity, qui consolide à la pelle les niches les plus résilientes et les moins exposées aux cycles de la construction. « Le click, c’est bien, mais le mortar n’est pas mort pour autant », ironise Guy-Hubert de Fougères. « Entre la révolution de l’IA qui bouscule les modèles des services digitaux et les turbulences géopolitiques qui menacent le commerce mondial, le bâtiment revêt un nouvel attrait en tant que business local employant de vrais gens avec de vrais outils », rappelle le directeur associé de Capital Croissance, qui considère que « plus que jamais, le BTP est un élément de diversification indispensable dans un portefeuille de fonds généraliste pour pondérer le risque techno et international des autres participations ». Certes, mais si tout le private equity français est plus ou moins exposé au vaste secteur du bâtiment, rares sont les fonds qui le crient sur les toits. Certains ne l’assument même pas du tout, de peur d’effrayer leurs LPs et d’être associés à un secteur qui va mal depuis trois ans, en maquillant en services BtoB les participations de leur portefeuille baignant dans le mortier jusqu’au cou. D’autres s’en sont bel et bien détournés, comme Andera, qui n’a quasiment plus investi dans le secteur depuis le Covid, après avoir accompagné Sylpa dans la maintenance électrique de 2019 à 2025 qu’il a revendu au groupe Fauché, le constructeur de logements Joryf de 2018 à 2021, mais aussi le spécialiste de l’habillage métallique du bâtiment Bacacier de 2017 à 2019, et l’ex-groupe Rougnon, rebaptisé Myrium, dans les travaux de rénovation de 2015 à 2019. « L’exposition des fonds de private equity au secteur du BTP est indispensable pour la diversification de leur portefeuille, et en raison du poids du secteur dans l’économie française. Mais s’ils recommencent à s’intéresser aux acteurs de la construction après des années de retrait, les investisseurs financiers privilégient les segments résilients et bénéficiant d’une forte dynamique de croissance comme les services à l’énergie », souligne Mathieu Schohn, associé KPMG en France, responsable des activités Deal advisory. De fait, les stratégies d’investissement dans le BTP des dernières années n’ont rien à voir avec celles d’il y a 20 ans, quand la crise financière a provoqué des restructurations en série dans les portefeuilles des fonds sur­exposés à l’industrie de la construction et à l’immobilier résidentiel. Si Montefiore a investi en 2021 dans le LBO minoritaire du numéro quatre français des travaux publics NGE (5 milliards d’euros de chiffre d’affaires) et si un consortium mené par EMZ et Tikehau a permis la prise de contrôle par le management du numéro cinq Spie Batignolles (2,5 milliards d’euros de revenus), les LBO de ces dernières années ont plutôt privilégié des verticales connexes à la construction.

Fuir le marasme du neuf

D’après les dernières statistiques de la Fédération française du bâtiment, le chiffre d’affaires global du secteur s’établissait à 208 milliards d’euros en 2024, en recul de 3,9 % en valeur sur un an et de 5,6 % en volume, compte tenu d’une hausse des prix de 1,8 %. Si le logement pèse encore plus de 60 % de l’activité, la part du neuf est tombée à 43 %, comme à la fin de la crise des années 1990. Au sein des 118 milliards d’euros de l’amélioration-entretien, plus du quart est capté par la rénovation énergétique. « Un secteur aussi vaste que le BTP, qui pèse près de 6 % du PIB, recèle forcément des niches intéressantes, portées par des drivers de croissance forts et non exposés aux aléas politiques et aux effets cycliques qui plombent le marché global », pointe Guillaume Brian, associé de Parquest, qui vient de mener le LBO primaire du bureau d’études toulousain Betem à la fin de 2025. « En l’occurrence, Betem relève plus du secteur de l’ingénierie que du bâtiment. Intervenant peu ou pas sur des projets dans le logement ou l’immobilier de bureau, il ne subit pas le marasme de la construction neuve et opère principalement sur des bâtiments techniques, tertiaires ou industriels dans sa zone de chalandise originelle, l’Occitanie, où la demande est portée par l’industrie aérospatiale », détaille l’investisseur. Affichant un chiffre d’affaires de 55 millions d’euros, dont la moitié sur des projets de rénovation, Betem couvre les principales compétences de l’ingénierie du bâtiment, de l’ingénierie technique à l’assistance à maîtrise d’ouvrage, en passant par l’ingénierie de l’exploitation et maintenance, ou encore l’écoconstruction. « L’inflation normative et l’accroissement de la technicité des bâtiments poussent la dynamique de croissance à long terme de l’ingénierie, de manière complètement décorrélée de la santé du marché de la construction neuve », analyse Guillaume Brian. L’attractivité de cette verticale alimente ainsi une nouvelle vague de consolidation depuis quelques mois. D’un côté, les majors font leurs emplettes en dehors des frontières tricolores comme le numéro un, Egis, parti à la conquête des États-Unis, puisant dans les nouvelles ressources de son fonds de continuation avec Tikehau cet été, ou le numéro deux, Artelia, qui s’est renforcé au Royaume-Uni à la fin de 2024 ; de l’autre, les PME sous LBO tentent d’agréger des plus petites structures régionales sur un marché encore très atomisé. C’est le cas du nordiste Nortec Ingénierie, soutenu par InnovaFonds qui a signé quelques add-on en Île-de-France cet automne. Déjà plus gros et présent dans quatre villes en région, le francilien CET Ingénierie, accompagné par Isatis, vient de réaliser à son tour une acquisition structurante en mettant la main sur le grenoblois Batiserf. « Le marché de l’ingénierie du bâtiment est encore très morcelé, avec peu d’acteurs de taille moyenne, ce qui offre un vivier de consolidation important pour Betem », indique Guillaume Brian, qui compte accompagner sa participation dans une croissance externe « raisonnée ». « Nous sommes dans un métier de conseil à forte composante humaine qui ne se prête pas à une stratégie de buy-and-build industrialisée comme certains secteurs », poursuit l’associé de Parquest.

« Entre la révolution de l’IA qui bouscule les modèles des services digitaux et les turbulences géopolitiques qui menacent le commerce mondial, le bâtiment revêt un nouvel attrait en tant que business local employant de vrais gens avec de vrais outils », Guy-Hubert de Fougères, Capital Croissance

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